Venezuela: le nouveau défi de la contre-révolution Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Patrick Larsen   
18-05-2010

Les nouveaux développements au Venezuela révèlent que la contre-révolution s’organise et prépare une nouvelle bataille prolongée contre le gouvernement bolivarien. Face aux effets de la récession économique, nous avons récemment vus des changements d’alignements dans le paysage politique qui peuvent jouer un rôle décisif lors des élections de septembre.


Le « Chavisme bleu »


Il y a trois semaines, le gouverneur de l’état de Lara, Henri Falcón, a choisi de quitter les rangs du PSUV après une longue polémique avec Chavez. Ce dernier l’a accusé d’être trop proche de la bourgeoisie de Lara et de ne pas servir réellement les intérêts des travailleurs et des jeunes de cet état. Falcon a répliqué en claquant la porte du parti et en rejoignant le PPT (Patria Para Todos), un petit parti qui soutient le gouvernement mais maintenu en dehors du PSUV lors de sa formation en 2007. Depuis lors, le PTT a essayé d’agir comme un frein à Chavez, en faisant la promotion de la « réconciliation » et du « dialogue » avec l’opposition.


Falcon parle de façon très démagogique du besoin de « tolérance ». « Un révolutionnaire doit bâtir des ponts, et non placer des pièges ou dénier le droit du peuple à soutenir le parti politique de son choix » (1) a-t-il affirmé. Alors qu’il tente de rallier les éléments petit-bourgeois autour de ses appels à la « démocratie » et à la « liberté des partis politiques » (déjà une réalité au Venezuela), ce qui énerve vraiment Falcon se sont les récentes déclarations de Chavez qui l’accuse de s’être alliée  a la bourgeoisie.


Le 14 mars, Chavez a fait référence au cas Falcon dans son émission hebdomadaire Aló Presidente. Il a parlé en termes très durs, non seulement du gouverneur de Lara, mais aussi de la bourgeoisie vénézuélienne en temps que classe:


«  Notre révolution ne prévoit pas d’accord avec la bourgeoisie. Il n’y a ni accord ni négociations possibles avec la bourgeoisie vénézuélienne. Il n’y a aucune possibilité d’accord et il n’y en aura jamais, et celui qui pense qu’un accord est possible doit abandonner nos rangs immédiatement. »  

« C’est pourquoi la question du gouverneur de Lara, à propos de laquelle j’ai parlé hier avec fermeté à Barquisimeto, a été soulevée. Parce que derrière lui il y a beaucoup de manipulations, auxquelles le gouverneur et le PPT rendent service. C’est regrettable mais c’est un fait. « Oh non, nous sommes avec Chavez ».

C’est un mensonge. C’est la bourgeoisie qui tire les ficelles. Ne voyez vous pas la bourgeoisie applaudir le gouverneur de Lara ? Pourquoi ne l’attaquent-il pas? Parce que des accords ont été conclus en coulisse. » (2)


Voila la vérité. Le fait est que la grande majorité des journaux de droite ont été euphorique à l’annonce de la rupture de Henry Falcon avec le PSUV. Falcon et le PPT assure à tout le monde qu’ils luttent pour un « Chavisme bleu » (“Chavismo Azul”), supposé être plus « tolérant » que la voie prescrite par Chavez lui-même. Mais ce n’est qu’un écran de fumée pour cacher le fait qu’ils ont rompus avec Chavez et qu’ils luttent en réalité pour un tout autre programme : la contre-révolution sous un masque démocratique.


Dans un entretien récent au Últimas Noticias, (3) José Albornóz, le Secrétaire Général du PPT a déclaré qu’il était dommageable qu’une personne comme Ismaël Garcia et son parti PODEMOS ait quitté le camp de la révolution, alors qu’il aurait eu plus d’influence en y restant. Il pensait  que ce n’était qu’un regrettable malentendu et un problème de « sentiments incontrôlés » qui avait conduit PODEMOS à trahir la révolution lors de du referendum  pour la réforme constitutionnelle en 2007 !


Cela relève d’une logique très particulière. La vérité est qu’Ismaël Garcia et son PODEMOS n’ont jamais été des révolutionnaires mais des sociaux-démocrates, membres durant un temps de la coalition Chavez afin de tenter de ralentir le processus révolutionnaire. Mais même la réforme constitutionnelle limitée a été trop dure pour eux à avaler, et ils ont donc décidés de rallier l’opposition, le camp de la contre-révolution, et de lancer une campagne anti-communiste appelant à voter NON au referendum. Mais pour Albornoz il ne s’agit que d’un malentendu !


Ce que Albornoz dit réellement c’est que son parti essaie de faire la même chose que PODEMOS (et avant ça le MAS), c'est-à-dire de freiner la révolution et de parvenir à un accord avec la classe dirigeante. En d’autres termes, il représente une cinquième colonne au sein de la révolution. Beaucoup de militants à la base du PPT ont compris cela. Plus de 200 adhérents ont décidés de quitter le parti pour rejoindre le PSUV. Mais de l’autre côté Albornoz a déclaré que 20.000 personnes ont demande à adhérer après l’arrivée de Falcon. Il n’est pas difficile de deviner à quelle classe appartiennent ces 20.000 personnes. Il s’agit des couches de la petite-bourgeoise et de la bourgeoisie elle-même qui cherchent une option pour se débarrasser en même temps de Chavez et de la révolution.


Ces dernières années nous avons vus une longue liste de renégats abandonner la révolution : Ariás Cárdenas (qui « reviendra » en 2006), le MAS, Pablo Medina, Luís Miquelena, Baduel, Ismael Garcia et PODEMOS  et bien d’autre encore. Mais cette fois, il semble que Falcon soit capable d’organiser de plus vastes couches d’éléments bourgeois et de membres des classes moyennes mécontents, sous la bannière du “Chavismo azul”, de la “tolérance” et de la “réconciliation”.


La contre-révolution promeut le chaos et la violence


A cela s’ajoute les activités récentes de l’opposition tournées vers le sabotage et la création de troubles partout ou cela est possible. En janvier nous avons eu les étudiants de l’opposition qui ont manifesté et appelé à la violence dans les rues sous le prétexte de la fermeture de RCTV (une chaine de télévision suspendue temporairement par ses propriétaires privés parce qu’ils ne respectaient pas les lois constitutionnelles vénézuéliennes). Ces manifestations ont fait un mort parmi les étudiants chavistes à Merida et plusieurs blessés a travers le pays. 


Puis le 21 mars nous avons connu la « grève » de 36 heures dans les transports à Caracas. En réalité ce fut un lock-out patronal, où les propriétaires de moyens de transports privés ont décidés d’interrompre le trafic. Mais les travailleurs organisés au sein du Syndicat Uni des Transports de Caracas, conduit par le président Richard Manbel, ont rejetés le lock-out et la majorité des conducteurs ont quand même travaillés. Seulement 5% des travailleurs ont rejoint la grève et les services ont finalement tournés à un rythme plus ou moins normal (4). Ainsi la tentative des patrons a-t-elle misérablement échouée. Comme ce fut le cas lors du lock-out de décembre 2002, ce fut l’action de la classe ouvrière qui sauva la situation.
Un autre aspect clé des tentatives de la contre-révolution pour déstabiliser le pays est le sabotage permanent et la spéculation sur le secteur alimentaire. Une enquête récente (5) montre que le ratio de la diversité des produits alimentaires disponibles a été à son plus bas dans les mois précédant le référendum constitutionnel en Décembre 2007, que Chávez a perdu avec une marge étroite, alors que la pénurie alimentaire était à son plus haut:

Les stastistiques montrent le degré de diversité des produits alimentaires disponibles, et la  pénurie des produits alimentaires de base.


Il ne s’agissait pas d’une coïncidence. Les capitalistes du secteur alimentaire ont échafaudé une tentative délibérée, et réussie, pour créer la confusion, la démoralisation et la frustration parmi les masses qui avaient auparavant votées pour Chavez. Ils savaient qu’ils ne seraient pas capables de rallier les masses à l’opposition, alors leur but fut de les démoraliser. Et ce fut précisément ce qui arriva : prés de 3 millions de personnes parmi les masses bolivariennes se sont abstenus de voter, offrant ainsi aux escuálidos une maigre victoire. La pénurie alimentaire au Venezuela fait partie d’une campagne concertée et bien organisée de la contre-révolution.


La possibilité de voir ce scenario se répéter durant les mois précédents les élections parlementaires de septembre est clairement présente, puisque les principaux distributeurs et marchés sont encore aux mains des capitalistes. Chavez essaie d’étendre les marchés alimentaires Mercal, propriétés de l’Etat, mais en réalité l’expansion est très limitée et ne représente que 7% (6) des stocks de nourriture disponibles. Cela n’est pas viable face aux pertes colossales liées à la spéculation et à l’importante inflation dans le secteur alimentaire privé.


Le principal problème est double : en premier lieu, le secteur alimentaire privé reste largement à l’abri (malgré de petites exceptions, comme Exito et Cargill) et il n’y a pas de monopole sur le commerce extérieur. En second lieu, la production alimentaire nationale reste relativement basse, et la reforme agraire de 2001 n’a pas conduit à une redistribution effective des terres aux paysans pauvres. Les paysans qui ont obtenus des terres se vont vus le plus souvent refuser les petits crédits qui leurs avaient été promis, et les terres restèrent en jachère.


La conclusion logique de tout cela est que la propriété privée des secteurs de la production, de la transformation et de la distribution des denrées alimentaires est en contradiction directe avec les aspirations démocratiques de la majorité des vénézuéliens. La seule façon de résoudre ce problème (qui représente un péril mortel pour la révolution) est d’exproprier ces secteurs et de les placer sous le contrôle démocratique des coopératives de travailleurs, de consommateurs et de paysans. Ils pourront ainsi planifier rationnellement ces secteurs selon les intérêts de la majorité, et ainsi mettre un terme à ce sabotage contre-révolutionnaire et anti-démocratique.


Les élections parlementaires


Gustavo Tarre Briceño, l’un des contre-révolutionnaires les plus durs et ancien leader du parti social-chrétien COPEI, a récemment déclaré que «  le gouvernement était si mauvais qu’il était possible de gagner les élections. ». Il s’agit évidemment d’une exagération grossière qui a semée la pagaille. Les gouvernements de la Quatrième République furent de vicieux protecteurs du Capital et ont servis pour maintenir l’exploitation de la grande majorité des travailleurs et des pauvres. Chavez a été le premier a rompre cette engrenage. Néanmoins, il est vrai que de nombreux réformistes et bureaucrates dans l’entourage de Chavez sont incapables de résoudre les problèmes les plus urgents du Venezuela : électricité, logements, pénurie alimentaire et insécurité. La principale raison a cela est qu’ils n’osent pas rompre avec le capitalisme et la propriété privée.


Dans le même entretien (7) Tarre Breceño explique la stratégie de l’opposition. Il déclare que même au cas où l’opposition ne gagnerait pas une majorité a l’Assemblée Nationale, « le Parlement deviendrait un centre de débat national » et que cela « représenterait un changement qualitatif ». Nous avons ici la trame des perspectives contre-révolutionnaires. Même si ils n’arrivent à gagner que 40% des sièges, ils utiliseront ces députés pour bloquer ou différer les initiatives gouvernementales. Ces représentants légaux parcourront le pays en long et en large pour mobiliser les masses volatiles petite-bourgeoises et les éléments de la classe moyenne. C’est la première partie du plan, le but étant de se débarrasser de Chavez et d’enterrer la Révolution.


Il y a parmi les masses bolivariennes une inquiétude profonde à ce propos, mais aussi un mécontentement fermement enraciné a l’égard de la bureaucratie du PSUV. Cela transparait dans un intéressant entretien, paru il y a deux mois, avec Alberto Müller Rojas, ancien vice-président du PSUV, qui a déclaré que «  Chavez est assis sur un nid de scorpions(8) », faisant référence à de nombreux réformistes du gouvernement et du parti. 
Durant le même Alo Presidente au cours duquel Chavez a attaqué Falcon et déclaré qu’aucun accord n’est possible avec l’élite dirigeante, il a rappelé encore une fois qu’il faut en finir avec l’état capitaliste et a critique ceux qui défende le « socialisme de marché», récent mot d’ordre des réformistes au sein du mouvement bolivarien.


C’est dans ce contexte que les idées du marxisme trouvent une grande audience. Récemment, l’Assemblée des Mouvements Populaires de Caracas a adoptée la proposition d’un programme pour le PSUV présenté officiellement par les marxistes, qui a circulé afin d’être débattu parmi tous les délégués au Congres. Ces mêmes idées ont été accueillies avec enthousiasme lors des assemblées du Bicentenaire de la Jeunesse, le nouveau front des organisations de jeunesse révolutionnaires. Cela confirme notre volonté de poursuivre la lutte pour transformer le PSUV en un outil qui pourra achever la révolution une fois pour toutes.


Caracas, le 25 mars 2010

NOTES
1 Últimas Noticias, 21 mars 2010, page 16
2 Aló Presidente, No. 35. Disponible dans Debate Socialista, 21 mars, page 8 www.debatesocialista.org
3 Últimas Noticias, 16 mars 2010
4 Correo de Orinoco, 23 mars 2010, page 2
5 Statistiques issues du Correo de Orinoco, 21 mars 2010, page. 6
6 Venezuelanalysis, http://venezuelanalysis.com/news/5204
7 Últimas Noticias, 21 mars 2010, supplément dominical, page 6-7
8 Venezuelanalysis: http://venezuelanalysis.com/analysis/5116

 

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